Innovation en biologie médicale et radiologie

A la croisée des chemins entre les deux disciplines

Magazine Labs |  31-01-2019

L’imagerie et la biologie, deux spécialités qui ont longtemps évolué sans se croiser au sein des centres hospitaliers, voient leurs parcours converger l’un vers l’autre, avec pour objectif commun une meilleure prise en charge du patient. Le Pr Yves Menu, chef du service de radiologie de l’hôpital Saint-Antoine (AH-HP), et le Pr Sylvain Lehmann, responsable de l’équipe médicale de biochimie-protéomique clinique au CHU de Montpellier, ont échangé, le temps d’une entrevue, sur leurs disciplines et les interactions possibles entre elles.

Existe-t-il des cas concrets de mutualisation de vos spécialités ?

Pr Menu : Dans les hôpitaux, les spécialités se sont organisées par pôles et j’ai d’ailleurs travaillé au sein de l’un d’eux, réunissant l’imagerie et la biologie médicale. Jusqu’à maintenant, son fonctionnement était un peu artificiel, les deux disciplines n’ayant pas souvent l’occasion de se rencontrer. Aujourd’hui, il existe des branches intermédiaires, comme l’anatomopathologie, à la frontière entre la biologie – avec les prélèvements – et l’imagerie.

Pr Lehmann : Au sein de mon CHU, notre pôle ne couvre pas l’imagerie. Néanmoins, nous constatons, avec les évolutions technologiques et l’augmentation des résolutions d’images, un rapprochement entre les deux disciplines. Dans mon domaine, celui des démences, nous avons de plus en plus de marqueurs en commun avec la radiologie : par exemple, ceux inhérents aux fluides biologiques sont localisés in situ grâce à l’imagerie. Nous sommes donc complémentaires. Nous travaillons sur les mêmes cibles avec des outils différents.

Quels changements la technologie va-t-elle apporter dans l’organisation quotidienne des services ?

Pr Lehmann : Plusieurs aspects doivent être considérés. D’un point de vue analytique, la technologie permet de rendre des résultats de meilleure qualité, plus rapidement et de mieux les contrôler. L’innovation touche aussi le traitement des données et l’organisation des laboratoires de biologie médicale avec le regroupement des centres, le transport des échantillons et la prescription informatisée.

Ces améliorations ont un impact sur notre travail. Si les données générées sont importantes, nous aurons besoin de l’aide de systèmes informatiques pour leur gestion, leur interprétation, et la prise de décision du biologiste, afin d’améliorer la prise en charge du patient. Nous attendons de voir ces changements, mais cela prend du temps en raison de la responsabilité que cela engendre.

Pr Menu : Ma vision est similaire. Il y a une discordance importante entre le rythme de l’innovation et celui de l’évaluation. Le temps des tests sur les nouveaux appareils est nettement supérieur au temps de diffusion effective sur le marché. Il y a toute une période où une innovation nous paraît intéressante mais nous n’avons pas les études nécessaires pour le démontrer. Ce problème n’est pas encore résolu. C’est pourtant fondamental pour mettre à la disposition des patients des traitements toujours plus efficaces dans le laps de temps le plus court possible.

Pr Lehmann : Pour réduire ce temps d’évaluation, il faut utiliser les biomarqueurs dans les essais thérapeutiques. Ils permettent de sélectionner les patients, lors de la stratification, qui pourront bénéficier au mieux des médicaments.

Pr Menu : Toute la technologie liée au développement rapide des biomarqueurs devrait en effet être prioritaire car en dépend toute la chaîne d’accélération de l’évaluation des molécules et des traitements.

Dans quelle mesure l’intelligence artificielle va-t-elle transformer vos spécialités ?

Pr Menu : L’intelligence artificielle (IA) bénéficie de capacités informatiques très importantes et en constant développement. Aujourd’hui, nous l’utilisons un peu. Certes l’IA peut régler des problèmes identifiés mieux que nous car nous lui avons appris avec le deep learning. Néanmoins, elle a ses limites : comment évalue-t-elle ses erreurs ? Il s’agit aussi d’une puissance informatique considérable mais dédiée à un problème focalisé. Cela va cependant être amené à évoluer.

Pr Lehmann : Jusqu’à présent, l’IA n’était pas utilisée dans mon domaine, en raison du type d’informations que nous traitons. Avec l’apparition de nouvelles technologies qui génèrent beaucoup de données en termes de volume et de complexité, l’IA trouve une porte d’entrée évidente, notamment avec celles issues du séquençage à haut débit, car ces données dépassent les capacités d’analyse et de traitement du biologiste.


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