Améliorer la prise en charge du diabète chez l’enfant sur le continent africain

Janine Stephen  |  14-11-2018

Dans les pays en voie de développement, le diabète de type 1 est souvent mal diagnostiqué et peut mettre en danger la vie des jeunes patients. Le docteur Graham Ogle, directeur du programme Life for a Child, apprend aux patients et aux professionnels de santé des pays d’Afrique à reconnaître et à traiter la maladie. Éveiller les consciences tout en incitant les populations à effectuer régulièrement des tests de dosage de l’hémoglobine glyquée sont deux éléments essentiels pour lutter efficacement contre la maladie.

Nous sommes dans un pays d’Afrique en voie de développement. Un enfant est malade. Ce pays, comme beaucoup d’autres dans le monde, dispose de médecins et d’infirmiers, mais les établissements de santé y sont rares. L’enfant présente plusieurs symptômes : perte de poids, incontinences nocturnes, faim et soif excessives, abattement, fatigue. Les quelques économies de la famille sont mises à profit pour conduire l’enfant vers l’hôpital le plus proche, à quatre heures de là. Mais une fois sur place, il n’est pas sûr que les signes du diabète soient correctement identifiés. Si les patients ignorent souvent les symptômes caractéristiques du diabète de type 1, il en va de même de certains professionnels de santé.

« Il y a quelques années, dans de nombreux pays, très peu d’enfants vivaient avec un diabète de type 1, tout simplement parce qu’ils ne survivaient pas à la maladie », explique le docteur Graham Ogle, à la tête du programme Life for a Child (LFAC) initié par la Fédération Internationale du Diabète (IDF). Contrairement à nombre de maladies transmissibles, le diabète de type 1, la forme de diabète la plus commune chez les enfants, est rare. « Les signes et symptômes du diabète de type 1 peuvent être associés à la pneumonie, la gastro-entérite ou la fièvre typhoïde, et le diagnostic posé est souvent erroné. » En outre, certains établissements de santé ne disposent pas des ressources nécessaires au traitement de la maladie auto-immune.

Un accès aux ressources nécessaires à la prise en charge du diabète

La mission du programme Life for a Child est de changer cela. Son directeur, Graham Ogle, endocrinologue pédiatrique aux multiples publications, a travaillé, entre autres, au Cambodge et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Intervenant dans 19 pays d’Afrique, ainsi que dans d’autres pays en voie de développement d’Amérique du Sud et d’Asie, LFAC s’attache à offrir aux jeunes diabétiques de moins de 26 ans un accès aux traitements adaptés. « Nous travaillons en collaboration avec des centres de diabétologie locaux pour fournir aux patients le matériel dont ils ont besoin, comme de l’insuline, des seringues et des lecteurs de glycémie », explique Graham Ogle. Mais il importe également de former les familles et les professionnels de santé, leur fournir des ressources pédagogiques et les assister. LFAC vient en aide à plus de 10 000 enfants sur le continent africain.

Le diabète est une menace silencieuse. En 2012, huit cas de décès liés au diabète sur dix sont survenus dans des pays à revenu faible et intermédiaire.1 Selon les estimations de la Fédération Internationale du Diabète (IDF), en Afrique subsaharienne, près de sept cas de diabète sur dix ne seraient pas diagnostiqués, et près de 50 600 enfants et adolescents de moins de 20 ans vivraient avec un diabète de type 1.2 Les facteurs génétiques et environnementaux font varier l’incidence de la maladie. Selon Graham Ogle, son incidence serait ainsi plus élevée en Érythrée et en Somalie, notamment, que dans d’autres pays. D’une manière générale, les chiffres sont à la hausse 3, ce qui pèse lourdement sur les finances des systèmes de santé et des familles.

« Nombre de cliniques et d’établissements de santé ne sont pas en mesure de stocker de l’insuline », explique Graham Ogle. « Même si le pays a mis en œuvre une chaîne publique d’approvisionnement en médicaments et autres ressources, la logistique pour que ces ressources arrivent jusqu’aux enfants est complexe. C’est là qu’interviennent les partenaires de LFAC présents sur place. » Les téléphones portables facilitent la communication avec les patients habitant des régions reculées. Cependant, il arrive que les familles ne sachent ni lire ni compter, des notions essentielles pour apprendre à effectuer des injections d’insuline ou à surveiller la glycémie. En outre, conserver l’insuline au frais s’avère complexe dans les régions dépourvues d’électricité. « Dans les pays très chauds, comme le Soudan, la méthode de refroidissement par évaporation, notamment en plaçant l’insuline dans des pots en terre cuite, est une alternative efficace », explique Graham Ogle.4

Les tests de dosage de l’HbA1c : un enjeu vital

Dans ce contexte, la biologie délocalisée (POC) représente une aide précieuse. Lorsque le diagnostic est posé, que les symptômes aigus disparaissent et que l’enfant « peut reprendre une vie normale », déclare Graham Ogle, c’est le début des soins à long terme : surveiller la glycémie, vérifier le respect du traitement et l’ajuster. Ces soins ont pour but de prévenir les complications chroniques, pouvant être très graves : rétinopathie, insuffisance rénale, neuropathie.

« Les tests de biologie délocalisée fournissent des résultats en six minutes. Vous pouvez alors en discuter avec la famille directement sur place, et en profiter pour l’informer. » Dr Graham Ogle, programme Life for a Child (LFAC) de la Fédération Internationale du Diabète

« Mesurer l’HbA1c est un enjeu vital », explique Graham Ogle, et pouvoir obtenir des résultats instantanément est idéal. En effet, le prélèvement sanguin peut être effectué dans un hôpital ou une clinique, puis l’échantillon envoyé dans un laboratoire, mais il est rare que les résultats soient disponibles avant que la famille ne soit repartie. « Les tests de biologie délocalisée fournissent des résultats en six minutes. Vous pouvez alors en discuter avec la famille directement sur place, et en profiter pour l’informer », explique Graham Ogle. Grâce aux analyseurs de Siemens Healthineers que les membres de LFAC utilisent en Afrique, il est également possible de mesurer l’albuminurie : « un marqueur précoce d’insuffisance rénale ».

Alors que les cartouches à utiliser sur les appareils de biologie délocalisée peuvent être onéreuses et difficiles à obtenir, le test de dosage de l’HbA1c présente de nombreux avantages. Le résultat fournit un point de repère qui permet de mesurer l’évolution de la maladie. « Cette seule valeur nous donne une vue d’ensemble de l’état de santé du jeune patient », explique Graham Ogle. « Maintenir cette valeur à un niveau raisonnable, c’est retarder voire prévenir les éventuelles complications. Nous pouvons en outre informer le patient sur l’évolution de son état de santé depuis sa dernière visite. C’est un cercle vertueux, pour les professionnels de santé comme pour les patients. » La valeur moyenne d’HbA1c obtenue auprès de patients diabétiques de type 1 pris en charge au sein d’une clinique est par ailleurs un précieux indicateur de la qualité des soins prodigués dans cet établissement, et peut permettre d’évaluer les progrès effectués.

Recommandations pour le personnel médical des pays à ressources limitées

Les ressources pédagogiques fournies par LFAC tiennent compte du contexte et des connaissances locales : pour dépister le diabète, on peut observer si les fourmis sont attirées par l’urine d’un patient, celle-ci étant alors chargée en glucose. Les supports fournis incluent des recommandations au format livre de proche adaptées aux pays en voie de développement. « Les médecins et les infirmiers qui n’ont jamais vu de diabète de type 1 ont besoin d’un guide pratique décrivant clairement chaque étape à suivre 5, tout en tenant compte des ressources disponibles », explique Graham Ogle. Les membres de LFAC organisent également des ateliers à destination des professionnels de santé, dans le cadre d’un partenariat avec la International Society for Paediatric and Adolescent Diabetes (Société internationale pour le diabète pédiatrique et adolescent). Lors d’un événement s’étant tenu en 2018 en Éthiopie, plus de 50 médecins et infirmiers ont échangé sur des sujets comme l’accès aux soins et la gestion des cas complexes. Des familles étaient également présentes, et ont pu faire part de leurs ressentis du point de vue des patients.

Les enfants s’identifient aux histoires qu’on leur raconte. Ainsi, l’une des ressources utilisées par LFAC est la bande dessinée Moseka, un support facilement accessible, écrit par le docteur Marguerite de Clerck pour les enfants de la République démocratique du Congo6. Le programme LFAC a fait traduire ce livre en anglais et en kiswahili, et le gouvernement du Rwanda l’a fait imprimer en kinyarwanda. Les camps éducatifs destinés aux enfants rencontrent également un franc succès. En Tanzanie, la Diabetes Youth Alliance (Alliance des jeunes diabétiques) a créé un groupe WhatsApp afin que les patients puissent apprendre les uns des autres.

En Afrique, nombre d’enfants présentant un diabète de type 1 ne sont pas diagnostiqués. Pouvoir doser l’HbA1c est donc primordial pour lutter contre la maladie.

Les patients diabétiques apprivoisent leur maladie

Une étude menée au Rwanda a démontré que l’information alliée à des soins systématiques et des dosages réguliers de l’HbA1c peuvent considérablement améliorer la valeur moyenne d’HbA1c. Le programme LFAC contribue à l’amélioration du processus d’approvisionnement et fournit des ressources pédagogiques, mais comme le dit Graham Ogle, « c’est le bon sens des médecins, des infirmiers et des familles » qui fait la différence. Les patients apprennent à gérer la maladie par eux-mêmes. Grâce à l’accès aux tests et à une meilleure connaissance de la maladie, le diabète de type 1 n’est plus une condamnation.


À propos de l’auteur

Janine Stephen vit au Cap, en Afrique du Sud. Aujourd’hui journaliste indépendante et éditrice, elle a longtemps travaillé comme journaliste parlementaire. Elle a notamment apporté sa contribution à « The Virus, Vitamins & Vegetables », une série d’essais sur la lutte contre le sida en Afrique du Sud. Les déclarations des clients de Siemens Healthineers mentionnées ci-dessus reposent sur les résultats obtenus dans des conditions d’utilisation qui leur sont spécifiques. Étant donné qu’il n’existe pas d’hôpital « type » et que de nombreuses variables, comme la taille de l’hôpital, l’éventail des cas traités ou le niveau d’intégration IT, peuvent entrer en ligne de compte, nous ne pouvons garantir l’obtention des mêmes résultats chez d’autres clients.


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1http://www.who.int/features/2014/kenya-rising-diabetes/en/

2http://www.diabetesatlas.org/ (Eighth edition, 2017)

3http://www.diabetesatlas.org/ (Eighth edition, 2017)

4https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27472257

5https://lifeforachild.org/about/education-resources.html

6https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s& source=web&cd=1&ved=0ahUKEwicjPOd0bnbAhUIJ8AKHSXp- CuIQFggoMAA&url=https%3A%2F%2Fwww.lifeforachild. org%2Fcomponent%2Fattachments%2Fattachments.html% 3Ftask%3Ddownload%26id%3D1341&usg=AOv-Vaw2kEDl_22cbX7HV7coxrd7X

7https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25458328